 Les plus anciens prisonniers du monde ne verront sans doute pas les images des dizaines de milliers de Marocains qui ont marché pour eux ce dimanche 6 mars. Les 408 séquestrés de Tindouf ne les verront vraisemblablement pas parce que leurs tortionnaires ont essuyé une gifle populaire qu’ils n’oublieront pas de sitôt. Parce qu’enfin, la mobilisation du peuple marocain marque un tournant très probablement fatal pour les ravisseurs des otages marocains.
Des anciens co-détenus libérés ou évadés des camps de la honte étaient là ce 6 mars. Des femmes, des mères de soldats portant des photos noir et blanc de leurs époux et de leurs enfants sont venues pour lancer un appel au secours aux Nations unies, au Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR) et à l’Algérie.
“We call for the revelation of the secret camps in Algeria” (nous lançons un appel pour que les camps secrets en Algérie soient révélés), disait une banderole portée par des manifestants las du silence complice de notre voisin algérien face aux exactions dont sont victimes des citoyens marocains.
La marche était désorganisée parce que populaire dans le sens le plus noble du terme. Bien que tous représentés par leurs leaders et leurs militants, les partis politiques ont choisi de se “dissoudre” au milieu d’une foule venue des quatre coins du pays.
“Les Marocains n’ont pas manifesté en régiment structuré”, nous déclare M.Mohamed Elyazghi le premier secrétaire de l’USFP, et c’est très bien ainsi. Car, ce qui importe aujourd’hui, c’est que “tous les Marocains sont unis pour revendiquer l’unité territoriale et la libération de citoyens détenus depuis plus de 20 ans”.
Une manifestation pacifique et citoyenne qui a réuni des Marocains revendiquant l’application du Droit et des Conventions internationales. Des patriotes convaincus de la légitimité de leur appel qui s’inscrit dans le strict respect des droits de l’Homme. Par le passé, faute d’information, les Marocains ne savaient pas.
Aujourd’hui, grâce à la circulation de l’information ils savent et ce qu’ils ont appris est choquant, violent, insupportable. Des détenus marocains vivent dans des camps. Ils y sont frappés, torturés et humiliés. Dans ces camps de la haine, il n’y a pas un Mandela, mais des dizaines de Mandela marocains. Des famillles entières s’y trouvent. Des enfants y sont nés et beaucoup ne survivront pas à cette horreur d’un autre temps.
La jeunesse massivement présente ce 6 mars a prouvé au monde qu’au-delà de l’aspect politique du Sahara, les Marocains, toutes générations confondues, ne se sont jamais démobilisés pour leur intégrité territoriale.
Cette présence massive de la jeunesse est aussi une preuve des progrès du Royaume en matière des droits de l’Homme. Car, c’est la première fois que des milliers de jeunes répondent à un appel au nom du respect des droits humains. Ils auraient pu rester chez eux, jouer un match de foot, tchater avec des ami(e)s, mais beaucoup ont fait le choix de lancer leur cri du coeur contre les atteintes en matière des droits de l’Homme.
Par Amina TALHIMET
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