Driss Lachguar : Notre parti a toujours appelé à la corrélation entre la responsabilité et la reddition des comptes, ce qui ne saurait s’appliquer à un gouvernement de technocrates

Driss Lachguar : Notre parti a toujours appelé à la corrélation entre la responsabilité et la reddition des comptes, ce qui ne saurait s’appliquer à un gouvernement de technocrates

Le Premier secrétaire de l’USFP, Driss Lachguar, a été l’invité, lundi dernier, d’une émission de débat en direct sur le site d’information «Aldar», où il a livré une analyse pertinente concernant de nombreuses questions d’actualité. Il s’est également exprimé sur les prochaines échéances électorales, l’instauration d’un impôt sur la fortune, la formation d’un gouvernement de technocrates, ou encore la gestion de la crise sanitaire.
Au tout début de l’émission, le Premier secrétaire a été invité à s’exprimer sur la disparition de Si Abderrahmane El Youssoufi et a dans ce sens considéré que le défunt occupait une place spéciale dans le cœur de tous les Marocains, même ceux qui s’opposaient à lui et qui n’étaient pas d’accord avec ses choix, ses convictions et ses positions. «Il suffit de voir l’attention particulière que S.M le Roi Mohammed VI a toujours portée à Si Abderrahmane pour se rendre compte de la grandeur de l’homme qu’il était ; un résistant et nationaliste honnête, doublé d’un homme politique intègre», a-t-il souligné. «Sans parler de son nom qui a été donné, de son vivant, à une grande avenue de Tanger», a-t-il poursuivi. Et d’ajouter : «Il a vécu avec beaucoup de dignité et est mort comme un symbole de la nation».
Questionné sur l’affaire du ministre d’Etat chargé des droits de l’Homme qui a employé une jeune femme durant une vingtaine d’années dans son cabinet d’avocats sans jamais l’avoir déclarée à la CNSS, Driss Lachguar précise qu’il ne veut pas personnaliser le débat, ni parler d’un cas particulier mais estime que c’est au ministère du Travail et de l’Insertion professionnelle de faire son boulot. «Les inspecteurs de travail doivent effectuer des inspections dans les bureaux d’avocats, d’architectes, les bureaux d’études, les cabinets médicaux et dans tous les domaines qui concernent les ouvriers et les salariés afin de garantir la généralisation de la couverture sociale», a-t-il affirmé, tout en précisant que cette affaire n’est guère personnelle mais concerne l’Etat en général, car «nos ennemis peuvent l’instrumentaliser contre notre pays dans des forums internationaux», a-t-il mis en garde.

Selon l’invité de l’émission de débat, la crise sanitaire du Covid-19 a démontré que plus de 60% du tissu économique national opère dans le secteur informel, ce qui veut dire qu’un nombre important de Marocains ne sont intégrés ni au système fiscal ni à la CNSS. «Pour résoudre la problématique sociale,  le gouvernement doit œuvrer à la généralisation de la couverture sociale et à l’instauration de l’équité fiscale», a souligné le Premier secrétaire, tout en précisant que l’USFP a présenté plusieurs propositions allant dans ce sens, notamment celles contenues dans la Plateforme du Premier secrétaire et dans le document concernant la loi de Finances rectificative.
Evoquant  les décisions récemment prises par la Cour suprême espagnole en rapport avec la question de l’intégrité territoriale du Royaume, le dirigeant socialiste explique que la décision d’interdire l’utilisation occasionnelle ou permanente de drapeaux “non officiels” ou de toute autre expression politique à l’intérieur ou à l’extérieur des bâtiments publics sur le sol espagnol constitue un coup dur pour les séparatistes. Il a également estimé qu’après cette crise sanitaire qui a touché le monde entier, on peut espérer que les dirigeants algériens se rendront compte que ni le Maroc ni les Marocains ne sont leurs ennemis. «La pandémie a, en effet, démontré que les milliards investis par l’Algérie dans l’armement dans le but de combattre un ennemi imaginaire ne serviront à rien. Ils devraient plutôt investir cet argent qui revient au peuple algérien dans le développement, la recherche scientifique, la stabilité du pays, ou encore dans la lutte contre les vrais dangers qui les guettent et qui ne se trouvent certainement pas à l’Ouest de leur pays», a-t-il fait savoir.
Concernant l’annulation de l’opération Marhaba 2020 à cause de la crise sanitaire, le leader socialiste a considéré que les fortes institutions du pays ont été irréprochables dans la lutte contre la Covid-19 et qu’elles seules disposent de données fiables et d’études approfondies leur permettant de prendre de telles décisions. Driss Lachguar n’a pas manqué de rappeler que c’est grâce à une série de mesures préventives et proactives que le pays a pu contenir la propagation de l’épidémie. «Les pays qui ont hésité à prendre des mesures préventives à cause de leur système politique ont fini par le payer lourdement. Si nous avions hésité un mois de plus, la situation aurait pu être catastrophique», a-t-il soutenu, tout en mettant en avant les pouvoirs parlementaire, exécutif et judiciaire qui, selon lui, ont également su s’adapter à la situation. Le leader du parti de la Rose a tenu, par ailleurs, à remercier S.M le Roi pour sa clairvoyance et sa vision proactive mais également le peuple marocain qui a su faire preuve de grande maturité lors de cette crise. Il a également mis en lumière le fait que l’USFP a toujours appelé à constituer un bloc national derrière Sa Majesté et à unir les rangs et laisser de côté le principe de majorité et opposition pour lutter contre le virus. «L’objectif premier de l’USFP et de l’ensemble du peuple marocain est de vaincre la pandémie», a fait savoir Driss Lachguar. « J’ai été le premier à lancer un appel à l’unité nationale pour lutter contre le Covid-19», a-t-il mis en avant. Et d’ajouter : « J’ai demandé au chef du gouvernement d’ouvrir un dialogue avec tout le monde et ,effectivement, ce dernier a accédé à ma demande en organisant des réunions de concertation avec les chefs des partis politiques représentés au Parlement, toutes tendances confondues». Le leader ittihadi a dans ce sens loué l’approche du gouvernement dans la gestion de la crise sanitaire, notamment sur les plans de la scolarisation à distance et de la distribution des aides financières aux familles touchées par la pandémie. «C’est vrai qu’il y a eu  certaines failles dans la distribution des aides, mais force est de reconnaître que le gouvernement y a réussi à 90%», a-t-il précisé, avant de mettre en avant la nécessité de redémarrer rapidement la vie économique, puisque, selon lui, l’Etat ne pourra pas continuer à verser des aides financières, car ses revenus ont considérablement baissé sur quasiment tous les plans.
S’agissant de la proposition de formation d’un gouvernement d’union nationale, Driss Lachguar a précisé que son appel intervenait dans un contexte marqué par la propagation du coronavirus. «Ma proposition concernant la constitution d’un gouvernement d’union nationale n’était pas une fin en soi, mais elle était juste un moyen parmi d’autres de renforcer notre immunité et notre capacité à faire face à la pandémie. Aujourd’hui, les institutions de notre pays gèrent très bien cette crise, aussi nous n’avons pas besoin d’un gouvernement d’union nationale. Mais si demain des développements négatifs se produisaient, la proposition resterait valable», a-t-il expliqué. Et d’ajouter : « La réalisation de cette idée concerne toutes les composantes de l’Etat et du gouvernement et non pas l’USFP ou Driss Lachguar». «J’ai proposé une idée qui vise le long terme dans le cas où les choses deviendraient compliquées ou s’il s’avérait qu’il est plus difficile de faire face à la pandémie. A ce moment, on pourrait former un gouvernement d’union nationale. Je l’ai donc proposé pour l’avenir et non pas pour l’appliquer hic et nunc», a tenu à clarifier le dirigeant du parti de la Rose.
Dans un tout autre registre, le Premier secrétaire a appelé à l’instauration d’un impôt sur la fortune que plusieurs pays dans les quatre coins du monde appliquent déjà. «Nous travaillons d’arrache-pied sur ce sujet pour pouvoir  présenter nos suggestions et propositions dans les prochains jours», a-t-il noté. S’agissant des cumuls des salaires et des retraites dont bénéficient certains élus, Driss Lachguar s’est montré catégorique : «Il est inconcevable qu’un élu dans le Maroc post-pandémie puisse cumuler plusieurs salaires ou qu’une personne puisse bénéficier de plusieurs retraites du budget public», a-t-il martelé.
Concernant les prochaines échéances électorales, le dirigeant ittihadi a appelé à mettre fin à toutes les pratiques qui portent atteinte à la transparence du processus électoral. D’où la nécessité, selon lui, de réviser le système électoral et d’alourdir les peines prévues par la loi contre la corruption électorale. «Il s’agit d’un crime odieux, puisqu’il ne porte pas atteinte à une seule personne mais nuit à la société toute entière», a-t-il lancé tout en appelant l’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption (INPPLC) et le Conseil national des droits de l’Homme à travailler davantage sur la lutte contre ce fléau. Il a, par ailleurs, exprimé son désaccord avec ceux qui demandent le report des prochaines élections dès aujourd’hui. «Tout débat sur le report des élections est prématuré», a-t-il tranché.
Répondant à une question concernant l’éventuelle formation d’un gouvernement de technocrates, le Premier secrétaire a souligné que la position de l’USFP à ce sujet est claire, précise et formelle. «Notre parti a toujours appelé à la corrélation entre la responsabilité et la reddition des comptes. Ce qui ne saurait s’appliquer à un gouvernement de technocrates», a-t-il précisé. Et d’ajouter : «En tant que parti démocratique, nous nous opposerons à toute régression sur le plan des acquis démocratiques que nous avons réalisés». Driss Lachguar a tenu, en guise de conclusion, à rappeler que l’USFP a toujours œuvré pour la construction d’un Etat juste et fort et d’une société moderniste et solidaire.

 

M.T et M.O

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