Le programme économique en mode turbo

Le programme économique en mode turbo

Tarik El Malki a coordonné les travaux d’élaboration du programme économique de l’USFP. Il a été l’invité du de L’Economiste,

L’USFP a placé la barre très haut dans son programme économique. Le parti a surtout apporté une touche d’originalité pour son élaboration. Une par une, toutes ses propositions ont fait l’objet de simulations par son think-tank, le Centre marocain de conjoncture. Il ne suffit pas de lancer des engagements, mais il faut surtout les asseoir sur des bases crédibles et réalistes, analyse le Pr Tarik El Malki, coordinateur de la commission chargée du programme économique. Il était invité au Club de L’Economiste.

Le programme économique présenté vendredidernier, cible des objectifs ambitieux. Une croissance moyenne de 5,5% sur les cinq prochaines années. «Il ne s’agit pas de passer tout de suite de 2 à 5,5%, c’est la trajectoire qui est importante», corrige El Malki.
Sur l’emploi, le parti s’engage à en créer 150.000 par an. Durant la législature qui s’achève, l’économie créait en moyenne 33.000 emplois par an. C’est donc 5 fois plus que le rythme actuel. Cela devrait réduire de deux points le taux de chômage, qui serait de 8% au terme de la prochaine législature. Mais en parallèle, et c’était un point de divergence avec le patronat, concède El Malki, l’USFP promet de revaloriser le Smig de 30% en cinq ans! Pour les industries à forte intensité de main d’œuvre, ce n’est pas forcément une bonne nouvelle.
Pour atteindre ces objectifs, le parti va rompre avec le modèle de croissance basé sur la demande intérieure qui n’assure plus une croissance conséquente, ni le pouvoir d’achat des ménages. Pour la première fois, relève Tarik El Malki, le revenu moyen par habitant a reculé! De plus, la demande interne a beaucoup plus profité aux marchés extérieurs sur les dernières années, faute d’offre suffisante et adaptée  aux besoins des ménages. D’où le creusement du déficit du compte courant de la balance des paiements.
Le modèle proposé est composite car, basé sur plusieurs secteurs, notamment ceux couverts par des stratégies de développement mais selon de nouvelles adaptations. Sont ciblés dans ce cadre, l’industrie, l’agriculture, la pêche, le tourisme, l’énergie, le commerce, l’économie numérique et le développement rural. Le tout, selon une approche privilégiant l’assainissement du climat des affaires et la recherche-développement.
L’approche partenariat public-privé et l’accompagnement de l’investissement à travers la création de fonds de développement est également dans le pipe. Entre 35 et 40 milliards de DH seront dédiés à ces fonds avec une quote part de l’Etat de l’ordre de 20%. L’impact attendu sur la croissance serait de 3 à 4 points.  A cet effet, les auteurs du programme économique ont mené de larges concertations avec les différentes fédérations de la CGEM. Histoire de prendre le pouls. Au final, le programme qui a été présenté au patronat en juillet dernier a reçu un consensus sur un grand nombre de ses aspects. D’autant plus qu’il consacre une place de choix à la compétitivité de l’entreprise. Ceci est manifeste à travers les réajustements proposés au niveau de la fiscalité, notamment la baisse des taux de l’IS et de l’IR ainsi que la restructuration de la TVA autour de 3 taux: 10, 20 et 30% pour les produits de luxe. Mieux, le parti de la rose envisage l’adoption d’un pacte de stabilité fiscale sur la prochaine législature. En somme, le programme est articulé autour de plusieurs réformes dont le coût est estimé à 100 milliards de DH sur cinq ans. «Son financement sera assuré par les économies à tirer de la décompensation, de la réduction des dépenses fiscales et de la baisse de la masse salariale», souligne Tarik El Malki.
Au gel des recrutements, excepté dans l’Education, la sécurité et la santé, l’USFP veut contenir les dépenses du personnel de l’Etat à 100 milliards de DH d’ici 2021. L’Etat-employeur décaisse chaque mois 7 milliards de dirhams en salaires.

 

Partager cet article