«Ce n’est pas seulement la précarité économique qui pousse un jeune à risquer sa vie en mer, c’est bien souvent l’atteinte portée à sa dignité et sa liberté»
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C’est depuis la région de l’Oriental, carrefour symbolique des luttes historiques, que la voix du Premier secrétaire de l’USFP a résonné avec gravité et profondeur. Lors du Conseil régional du parti, tenu à Oujda dans le cadre des préparatifs pour les prochaines échéances électorales, Driss Lachguar a livré une analyse exhaustive, tranchante et sans la moindre concession de la situation nationale.
Devant une salle comble, vibrante d’un militantisme authentique, le leader ittihadi a déconstruit l’illusion d’un exécutif embourbé dans ses certitudes aveugles, tout en réaffirmant le pacte sacré qui lie le parti de la Rose au peuple marocain et à ses institutions.
Hommage à l’abnégation militante
Avant d’entrer dans le vif de son propos, le Premier secrétaire a salué le travail accompli par les forces vives du parti dans l’Oriental, remerciant chaleureusement les militants de la région pour la réussite de ce Conseil régional. Il a rendu hommage à l’ensemble des membres du Groupe socialiste-Opposition ittihadie issus de la région, saluant particulièrement Saïd Bâaziz pour le dynamisme insufflé à la Commission de la justice, de la législation, des droits de l’Homme et des libertés.
C’est à Aomar Aanane que Driss Lachguar a réservé les mots les plus élogieux, saluant en lui l’incarnation du représentant idéal du peuple, assidu dans les commissions parlementaires comme dans les instances du parti, et constamment mobilisé pour porter la voix de l’Oriental, notamment à la tête du Groupe d’amitié Maroc-France, où il s’est investi sur les dossiers de la communauté marocaine établie en France.
Un hommage tout aussi vibrant a été adressé à Mohamed Aberchane, décrit comme le premier défenseur de la langue amazighe au sein de l’hémicycle, celui que l’on pourrait considérer comme «le député numéro un dans ce domaine parmi les 395 que compte le Parlement», tant il n’a eu de cesse de rappeler les dispositions constitutionnelles consacrant l’amazigh comme langue officielle au même titre que l’arabe. Seul un homme dénué de reconnaissance, a insisté Driss Lachguar, pourrait nier l’effort de ces élus pour assumer pleinement leur mission institutionnelle et partisane.
Développement confisqué
L’allocution a ensuite pris la forme d’une dissection rigoureuse du paysage socioéconomique, à la lumière du récent Discours du Trône et du rapport du Wali de Bank Al-Maghrib. Le Premier secrétaire de l’USFP a rappelé que si le Maroc peut aujourd’hui être fier des avancées macroéconomiques indéniables et d’un rayonnement international grandissant, sous l’impulsion directe de Sa Majesté le Roi, cette vitrine reluisante cache une fracture sociale béante. Il a dénoncé avec véhémence la fâcheuse habitude de la majorité gouvernementale de s’approprier les réussites structurelles de l’État pour masquer son propre vide politique.
«Ces indicateurs positifs, qu’ils soient économiques ou de développement, ne se reflètent malheureusement pas sur la vie des citoyennes et des citoyens », a déploré le Premier secrétaire, ouvrant les guillemets de la colère populaire. Il a rappelé avec fermeté que le nouveau modèle de développement est l’œuvre de la Nation tout entière, un processus continu forgé par les efforts de l’Etat, de la Monarchie et des gouvernements successifs, et non le trophée d’un exécutif actuel qui brille par son inaction.
«Cette aide directe qui parvient aujourd’hui à telle citoyenne, cette couverture sociale dont bénéficie tel citoyen, ce n’est pas parce que le gouvernement Akhannouch est arrivé, a-t-il lancé, mais parce que la question de la solidarité sociale était posée bien avant, depuis le gouvernement d’Abderrahmane El Youssoufi et à travers toutes les administrations qui ont suivi, et accélérée surtout par les enseignements tirés de la pandémie, lorsque Sa Majesté a réorienté la stratégie de l’État vers le chantier social».
Fustigeant les promesses mirifiques de la majorité, il s’est interrogé avec ironie sur le million d’emplois promis, soulignant que le gouvernement peine péniblement à atteindre des résultats dérisoires, se retranchant systématiquement derrière l’alibi de la sécheresse ou des crises mondiales.
Le drame de la jeunesse
Le moment le plus poignant de cette rencontre fut sans conteste l’évocation de la crise migratoire qui a récemment secoué le pays avec ces images d’une jeunesse marocaine tentant par tous les moyens de franchir la frontière pour accéder au préside occupé de Sebta.
Driss Lachguar a d’emblée exprimé, au nom de l’ensemble de l’USFP, ses condoléances les plus sincères aux familles endeuillées et sa pleine solidarité avec les femmes, les hommes et les enfants dont les images ont bouleversé l’opinion publique, rappelant que toute tentative de migration traduit avant tout une souffrance réelle vécue par celui qui choisit cette voie périlleuse.
Il a fustigé la lâcheté d’un exécutif qui a choisi la politique de l’autruche, s’évaporant dans les moments de crise aiguë pour laisser les seules forces de l’ordre et les institutions sécuritaires affronter la détresse d’une génération en perdition. Ce silence assourdissant, a-t-il précisé, est la preuve ultime de la faillite d’un Etat social que le gouvernement s’était pourtant engagé à consolider.
C’est avec une franchise rare que le Premier secrétaire a confié avoir lui-même cherché, en vain, des réponses auprès des responsables concernés, avant de les trouver sur les ondes de radios et les chaînes étrangères, où l’Espagne, l’Europe entière, se sont emparées du sujet pour en faire un enjeu électoral chez elles. Face à cette instrumentalisation, Driss Lachguar a exprimé son inquiétude devant la tentation croissante en Europe de céder à des discours qui criminalisent le migrant et nient l’apport de nos ressortissants au développement économique et social de leurs pays d’accueil, un venin xénophobe qui menace, a-t-il averti, plus de cinq millions de Marocains établis à l’étranger.
Refusant la facilité des communiqués incendiaires, Driss Lachguar a tenu à marquer la différence de méthode chez l’USFP. Il est si simple, a-t-il lancé, de rédiger un communiqué où l’on se contente d’invectives et d’accusations contre autrui, alors qu’il s’agit ici de nos propres enfants, tombés en martyrs dans les flots. C’est notre pays qui est en jeu, et nous avons des priorités autrement plus essentielles que la polémique stérile. Il a par ailleurs mis en garde contre la tentation de se perdre dans les théories du complot et les accusations croisées, ironisant sur cette Allemagne officielle qui en est venue à parler des Marocains comme de menaces à repousser, prétextant qu’il faudrait désormais ériger des murs et des barrières pour protéger l’Europe, tandis que d’autres acteurs, à des fins de calculs politiques internes, cherchent à légitimer l’idée d’un complot organisé auquel le Maroc serait partie prenante. Face à cette double dérive, le Premier secrétaire a appelé à une vigilance responsable, refusant que quelque discours que ce soit vienne entraîner le pays sur une pente dangereuse. C’est dans cet esprit, a-t-il rappelé, que l’USFP s’est mobilisée auprès de ses camarades de la gauche européenne, les exhortant à ne pas reculer d’un pouce sur les valeurs de dignité humaine, de solidarité et de coopération internationale. « Le Maroc, a-t-il conclu avec fermeté, n’a pas à endosser cette responsabilité : ce sont les pays développés, ceux-là mêmes qui se soustraient à leur devoir de développement social envers des peuples qu’ils ont pillés et spoliés durant l’ère coloniale, qui doivent aujourd’hui répondre de leurs actes ».
Mais c’est sur la question de la confiance que le discours a atteint sa dimension la plus grave. « Il faut avoir le courage, a déclaré Driss Lachguar, de s’interroger sur la véritable cause de ces départs, car ce n’est pas seulement la pauvreté qui pousse un jeune à risquer sa vie en mer, c’est bien souvent l’atteinte portée à sa dignité, lorsqu’il se heurte à l’arbitraire dans une préfecture, lorsqu’il cherche en vain un document administratif, ou lorsqu’un simple contrôle routier se transforme en chantage ». « C’est cette atteinte à la dignité et à la liberté des Marocaines et des Marocains, a-t-il insisté, qui pèse peut-être davantage encore que la précarité économique dans cette quête désespérée d’un ailleurs meilleur ».
Patriotisme inébranlable
Malgré la rudesse de son opposition interne, le dirigeant ittihadi a tenu à rappeler la doctrine fondamentale de l’USFP : la patrie avant tout. Dans un monde de plus en plus polarisé, il a mis en garde contre ceux qui, au-delà de nos frontières, instrumentalisent nos défis sociaux pour salir la réputation du Royaume. Qu’il s’agisse des ennemis de notre intégrité territoriale, des mouvances séparatistes ou de l’extrême droite européenne, aucun ne trouvera de faille dans le rempart national.
« Nous pratiquons une opposition équilibrée et responsable, loin de toute surenchère populiste », a tenu à préciser le Premier secrétaire. Il a affirmé avec clarté que «si l’USFP combat avec acharnement les choix de l’actuel gouvernement, il demeure un bouclier infranchissable pour les institutions suprêmes de l’État, plaçant l’honneur du Maroc au-dessus de tout calcul politicien».
Dérive hégémonique
Au-delà de l’échec économique et de la détresse sociale, Driss Lachguar a tiré la sonnette d’alarme sur l’état de notre démocratie, menacée par une hégémonie mortifère. Le Premier secrétaire a dénoncé avec la plus grande fermeté les manœuvres d’une coalition tripartite qui tente de verrouiller le champ politique par des moyens peu scrupuleux. Il a fustigé le recours systématique à l’argent, au chantage et aux pressions pour détourner les candidats et monopoliser la représentation citoyenne. « Une telle hégémonie, fondée sur l’extorsion et l’autorité de l’argent, détruit méthodiquement la confiance en nos institutions et nourrit un dangereux désespoir », a souligné le Premier secrétaire de l’USFP. Il a prévenu que ce braconnage électoral, loin de renforcer la démocratie, creuse le lit de l’abstentionnisme et éloigne irrémédiablement les citoyens de l’acte de voter, mettant en péril les fondements mêmes du projet démocratique marocain.
Le Premier secrétaire a par ailleurs porté un regard sans concession sur la question des provinces du Sud, refusant que Guelmim, Laâyoune ou Dakhla demeurent, selon son expression, prisonnières depuis 50 ans des mêmes familles qui monopolisent le suffrage.
Il a également rappelé, non sans fierté, le travail mené par l’USFP auprès d’une jeunesse sahraouie autrefois égarée dans les rangs du polisario, aujourd’hui organisée au sein de l’Association Sahraouis pour la paix, dont l’engagement en faveur du plan d’autonomie marocain a été salué jusque dans les enceintes de l’Internationale socialiste et de l’Alliance progressiste.
20 engagements pour la dignité
C’est par une note d’espoir et de clarté que l’allocution s’est achevée. Refusant de s’enfermer dans une critique stérile, le leader socialiste a posé les jalons de l’alternative de demain. Il a solennellement annoncé que le parti de la Rose ira à la rencontre des citoyens avec un pacte de vérité, aux antipodes des illusions vendues par la majorité actuelle.
« Nous devons descendre sur le terrain avec objectivité, s’adresser à la raison des citoyens et ne jamais céder à la promesse facile », a insisté Driss Lachguar, avant de détailler quelques axes du programme qui se décline en vingt engagements clés : un chantier retraite destiné aux retraités laissés pour compte, des mesures chiffrées de lutte contre le chômage des jeunes assorties de leur coût financier, et un rappel implacable sur la condition des femmes, l’actuelle majorité ayant promis en 2021 de porter leur taux d’activité de 20 à 30%, alors qu’il a en réalité reculé à 19%.
Par cette feuille de route pragmatique, chiffrée et résolument ancrée dans les valeurs de la social-démocratie, l’USFP s’affirme, plus que jamais, comme le rempart d’une alternative crédible face à la résignation, portant l’ambition d’un Maroc où la dignité citoyenne, la confiance dans les institutions et la justice sociale cesseraient d’être des promesses différées pour devenir, enfin, une réalité vécue par chaque Marocaine et chaque Marocain.

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