Driss Lachguar : Le Maroc n’a pas intérêt à s’enliser dans une confrontation avec l’Espagne qui desservirait nos causes nationales.

Par

Le Théâtre Mohammed V de Rabat était, dimanche 6 septembre, archicomble. En effet, les cadres syndicaux de l’USFP avaient afflué des quatre coins du Royaume pour prendre part à la rencontre nationale organisée par le parti de la Rose.

Présidée par le Premier secrétaire du parti, Driss Lachguar, et le secrétaire général de la FDT, Youssef Aïdi, cette rencontre intervient à un moment décisif des préparatifs en vue des prochaines échéances électorales.

Dans une intervention devant les cadres syndicaux de l’USFP, Driss Lachguar a replacé la bataille électorale dans son contexte national, tout en mettant en avant ce qu’il considère comme l’un des principaux atouts de l’USFP, à savoir son implantation au sein de la société et sa forte présence au sein des organisations de la société civile.

Selon le Premier secrétaire de l’USFP, le parti ne se limite pas à une présence à l’approche des échéances électorales comme c’est le cas de  certains partis qui se contentent d’une présence « saisonnière ».

«Ces partis, ils ne sont que saisonniers. Ils réapparaissent à la veille des élections comme par magie, mais toute l’année, ils sont absents des vrais combats : ceux des jeunes, des femmes, des travailleurs, des classes moyennes, des médecins, des avocats, des ingénieurs… Ils ne nous voient pas, ils ne nous entendent pas. Et quand ils reviennent, c’est pour nous promettre ce qu’ils ne nous ont jamais donné », a martelé le Premier secrétaire de l’USFP.

Pour le dirigeant socialiste, l’élection ne saurait donc se réduire à une succession de campagnes médiatiques ou de slogans lancés quelques semaines avant le scrutin. Elle doit constituer, selon lui, un véritable moment de reddition des comptes, permettant aux électeurs de confronter les programmes, d’évaluer les résultats et d’identifier clairement ceux qui ont effectivement assumé la responsabilité de la gestion publique durant la législature écoulée.

Revenant sur le bilan de l’USFP  au sein de l’opposition, Driss Lachguar a défendu une conception active de l’action parlementaire. L’opposition ittihadie, affirme-t-il, n’a pas été une opposition de blocage ou de simple contestation, mais une opposition citoyenne et responsable exercée au sein des institutions à travers des propositions, des amendements et des initiatives législatives.

Le Premier secrétaire de l’USFP a, dans ce sens, souligné que plusieurs propositions portées par le parti de la Rose durant la précédente législature ont été rejetées par le gouvernement avant que certaines  d’entre elles ne réapparaissent actuellement dans le discours des partis  de la majorité.

Le bilan de la majorité gouvernementale a occupé une place centrale dans le discours du dirigeant ittihadi.

Selon lui, les élections du 23 septembre doivent avant tout être l’occasion d’évaluer les cinq années de gestion gouvernementale écoulées. Il a déploré, dans ce contexte, que le débat public tende à s’éloigner de la question essentielle du bilan et de la responsabilité politique.

Lachguar a notamment mis en garde contre toute tentative des composantes de la majorité de se démarquer du bilan de l’exécutif à l’approche du scrutin, comme si chacune d’elles n’avait pas participé à l’expérience gouvernementale et aux décisions prises durant la législature.

«Pendant cinq années, on nous a vanté une majorité soudée et un gouvernement parfaitement homogène. Mais lorsque vient le temps de rendre des comptes, chaque parti de la coalition gouvernementale cherche aujourd’hui à se décharger de ses responsabilités et à faire oublier les erreurs commises à l’encontre du peuple marocain», a fait savoir Driss Lachguar. Et de souligner : « Il ne faut pas laisser les citoyens tomber dans le piège d’un jeu électoral faussé : nous voulons des élections fondées sur des règles claires, la transparence et la probité».

Il a ainsi appelé les électeurs à examiner les responsabilités de chacun et à ne pas se laisser convaincre par une recomposition artificielle du paysage politique, qui permettrait à certains acteurs de prendre leurs distances avec une politique à laquelle ils ont pourtant participé.

La quintessence du développement équitable

Au cœur du projet défendu par l’USFP figure le slogan de campagne : « Le développement équitable ».

Driss Lachguar entend lui donner une portée qui dépasse le simple registre électoral. Le concept se veut à la fois social, économique, politique et territorial.

Le dirigeant ittihadi a tenu à souligner que l’USFP ne se situe pas dans une logique de négation systématique des acquis du pays. Il a notamment rappelé plusieurs étapes de l’histoire récente du Maroc, évoquant entre autres l’expérience du gouvernement d’Abderrahmane El Youssoufi ainsi que les différents chantiers sociaux engagés au cours des dernières années.

Mais reconnaître les avancées ne signifie pas, selon lui, renoncer à poser les questions fondamentales: qui bénéficie réellement du développement ? Qui reste en marge? Dans quelle mesure la croissance améliore-t-elle concrètement les conditions de vie des citoyens ? C’est précisément à ces interrogations que veut répondre le slogan de «développement équitable».

« La véritable question du développement n’est pas seulement de savoir combien le Maroc produit ou à quelle vitesse son économie progresse. La question essentielle est de savoir qui profite de cette croissance et qui reste sur le bord du chemin. Voilà pourquoi nous défendons un développement équitable, une justice territoriale et sociale qui donne la priorité à ceux qui ont été privés davantage », a précisé Driss Lachguar.

Pour lui, le développement ne doit pas être évalué uniquement à travers les indicateurs macroéconomiques ou les chiffres officiels. Il doit surtout être mesuré à partir de ses effets concrets sur la vie quotidienne : le pouvoir d’achat, l’accès aux services publics, la qualité de l’emploi et la capacité des ménages à vivre dignement.

Raison pour laquelle le programme électoral présenté par l’USFP accorde une place centrale à la santé, à l’éducation, au logement et à la protection sociale.

Ces domaines, selon Driss Lachguar, ne peuvent être réduits à des promesses électorales renouvelées à chaque échéance. Ils doivent être considérés comme des droits fondamentaux auxquels les politiques publiques doivent garantir un accès effectif.

Cette conception de la justice sociale repose également sur la notion d’équité. Pour le dirigeant ittihadi, distribuer exactement les mêmes ressources à des territoires et à des populations confrontées à des situations profondément différentes ne conduit pas nécessairement à la justice.

L’équité suppose au contraire de donner davantage à ceux qui souffrent le plus du déficit de services, d’infrastructures et d’opportunités.

Le développement équitable devient ainsi un développement territorial, à même de réduire les disparités entre les régions et d’éviter que le lieu de résidence détermine la qualité de l’éducation, de la santé, du logement ou les perspectives d’emploi.

La Cause nationale, entre responsabilité et surenchère électorale

Autre volet majeur de l’intervention de Driss Lachguar est celui de la Cause  nationale.

Il a appelé à traiter ce dossier avec «responsabilité, prudence et sens de l’intérêt national», mettant en garde contre toute instrumentalisation électorale de ce dossier.

Le dirigeant ittihadi a insisté sur la nécessité pour le Maroc de préserver ses intérêts dans un environnement régional et international complexe. Il a particulièrement évoqué les relations avec les partenaires européens et la nécessité, selon lui, de maintenir des relations diplomatiques permettant de servir la Cause nationale.

Dans ce cadre, Driss Lachguar a appelé à éviter toute confrontation inutile avec l’Espagne, rappelant la position du gouvernement socialiste espagnol concernant l’initiative marocaine d’autonomie.

Pour le Premier secrétaire de l’USFP, la priorité doit être la poursuite de la dynamique diplomatique et la mise en œuvre de la résolution onusienne relative à l’autonomie.

Son message se veut ainsi sans ambiguïté : la défense de la Cause nationale ne doit pas devenir un instrument de surenchère électorale. La responsabilité politique consiste, selon lui, à distinguer la compétition entre partis des intérêts supérieurs du pays.

« L’essentiel pour nous aujourd’hui est de préserver les intérêts du Maroc et de veiller à la mise en œuvre effective de la résolution 2797», a tenu à préciser le Premier secrétaire de l’USFP.

Visitors comments ( 0 )

Laisser un commentaire

Sujets relatifs

Les militants de la FDT «ambassadeurs» du parti sur le terrain

Khaoula Lachguar : La polarisation artificielle fausse le jeu politique – Vidéo

De la promesse au bilan… puis du bilan aux nouvelles promesses… La majorité gouvernementale face à ses contradictions, par Hind Ksiouar

Le programme électoral de l’USFP expliqué par Driss Lachguar