Nous aspirons à être la première force politique. Et nous avons tous les atouts pour : potentiel humain, intellectuel et politique.

Par Mourad Tabet

A l’approche des élections législatives prévues le 23 du mois courant, l’USFP affiche ses ambitions. Dans un entretien consacré aux enjeux de cette échéance électorale, Khaoula Lachguar, membre du Bureau politique du parti de la Rose, défend le bilan organisationnel de l’USFP, détaille ses critères de sélection des candidats et expose les grandes orientations du projet socialiste pour le Maroc de demain.

Pour Khaoula Lachguar, l’objectif est clairement affiché : devenir la première force politique du pays. «Nous avons tous les atouts humains, intellectuels et politiques pour porter ce projet», affirme-t-elle dans l’émission «Le chemin vers le gouvernement 2026», diffusée par le journal électronique Achkayen, estimant que le dernier mot reviendra, comme toujours, aux citoyens à travers les urnes.

Cette confiance s’appuie, selon elle, sur l’évolution du parti au cours des dernières années. L’USFP, qui occupait une position difficile depuis 2007, a progressivement retrouvé une place importante dans le paysage politique national. En effet, l’USFP est aujourd’hui la 4e force politique du pays et la première force de l’opposition et a également une présence significative dans plusieurs institutions et organisations professionnelles.

Interrogée sur le débat relatif à la direction du parti, la responsable socialiste estime que la question ne doit pas être réduite au nombre de mandats exercés. L’essentiel, selon elle, réside dans la capacité à diriger, à fédérer et surtout à porter une vision politique à même de répondre à l’intérêt général.

Elle a également défendu le bilan de l’actuelle direction du parti, mettant en avant une lecture politique qu’elle juge «précise», ainsi qu’une capacité à maintenir la cohésion interne du parti. Fidèle à la tradition socialiste, l’USFP considère, par ailleurs, que la critique et l’autocritique constituent des instruments de développement et non des moyens de destruction.

Des candidatures ancrées dans la société

Concernant les investitures, Khaoula Lachguar a mis l’accent sur l’existence de procédures internes claires et sur le rôle central des structures régionales et provinciales dans le choix des candidats.

Selon elle, le parti a privilégié plusieurs critères : la capacité à communiquer avec les citoyens, l’ancrage dans la société, la crédibilité personnelle et la capacité à porter  et défendre les préoccupations des électeurs au sein du Parlement. L’objectif est de sélectionner des candidats capables d’assumer pleinement les fonctions de législation et de contrôle qui constituent le cœur du mandat parlementaire.

L’USFP revendique également une politique d’ouverture à des compétences issues de différents horizons, sans faire de l’ancienneté au sein du parti un critère exclusif. Le renouvellement générationnel et la féminisation des candidatures figurent aussi parmi les orientations mises en avant.

«Nous voulons refléter la diversité de la société marocaine», explique-t-elle, soulignant la volonté de ne pas limiter les candidatures à certaines catégories socioprofessionnelles.

Par ailleurs, la membre du Bureau politique de l’USFP a balayé d’un revers de la main la soi-disant existence d’un système fondé sur «l’achat des investitures» lors de la sélection des candidates et des têtes de liste régionales de l’USFP pour les prochaines échéances électorales, tout en reconnaissant la prise en compte des capacités matérielles et logistiques des candidates.

«Il n’existe pas de critère financier comme d’aucuns le prétendent», a-t-elle martelé, tout en rejetant l’idée selon laquelle les investitures seraient attribuées au plus offrant.

Selon elle, parler d’un «critère financier» au sens d’une mise aux enchères des candidatures ne correspond pas à la réalité de la procédure adoptée par le parti.

En ce sens, Khaoula Lachguar a affirmé que les règles de sélection sont clairement établies et que les instances habilitées à examiner les candidatures sont parfaitement identifiées. Elle a également rappelé que les membres du Bureau politique ont exprimé leurs positions et participé aux discussions relatives à la procédure.

Les commissions chargées de l’examen des candidatures ont, selon elle, tenu des réunions avec les candidates aux listes régionales et étudié leurs dossiers à partir de plusieurs critères prédéfinis.

Khaoula Lachguar a toutefois  reconnu que les capacités matérielles des candidates sont prises en considération. Mais elle a tenu à clarifier qu’il s’agit avant tout d’un critère logistique et matériel, et non d’un prix à payer pour obtenir une investiture.

L’objectif est notamment de s’assurer que la candidate dispose des moyens nécessaires pour mener une campagne à l’échelle de toute la région, avec tous les besoins que cela implique en matière de logistique, de communication…

Khaoula Lachguar a, dans ce contexte, évoqué le financement public prévu pour les campagnes électorales. Elle a indiqué que l’aide légale de l’Etat s’élève à 60.000 dirhams par membre de la liste. Pour une liste composée de 16 candidates et candidats, cela représente 96 millions de centimes.

Les prochaines échéances électorales interviennent dans un contexte marqué par des tensions sociales et économiques que le parti considère comme révélatrices des limites de la politique menée par la coalition gouvernementale tripartite actuelle. Pour Khaoula Lachguar, les dernières années ont renforcé la nécessité d’un changement dans la manière de concevoir et de conduire les politiques publiques.

« Il faut redonner confiance dans  l’école publique »

Le volet social occupe une place centrale dans le projet défendu par l’USFP. Le parti porte un regard critique sur la politique économique menée ces dernières années, estimant, par la voix de sa membre du Bureau politique, que le coût des choix économiques adoptés a largement pesé sur les citoyens, en particulier les catégories les plus vulnérables.

La priorité, a-t-elle affirmé, est d’abord de soutenir réellement les familles vulnérables et d’alléger les charges qui pèsent sur les classes moyennes et populaires, notamment en matière de santé et d’éducation.

L’USFP propose notamment d’utiliser davantage les instruments fiscaux pour améliorer le pouvoir d’achat et renforcer la protection sociale. La question centrale, selon elle, est simple : lorsque les indicateurs macroéconomiques s’améliorent malgré les crises successives, il faut aussi s’interroger sur ceux qui ont supporté le coût de ces ajustements.

« Le citoyen reste le maillon le plus faible », a-t-elle asséné.

L’éducation occupe également une place primordiale dans la vision de l’USFP. Pour Khaoula Lachguar, le principal problème réside dans une approche qui considère encore l’enseignement comme une dépense plutôt qu’un investissement stratégique.

La priorité serait donc de redonner sa place à l’école publique, de lutter contre la surcharge des classes et de réduire le décrochage scolaire. Le parti plaide également pour une meilleure intégration de l’enseignement préscolaire au sein du système éducatif public.

Elle a aussi critiqué la succession de réformes et de décisions contradictoires qui ont, selon elle, contribué à créer une instabilité dans la politique éducative nationale. « Il faut redonner confiance dans l’école publique», a-t-elle insisté, estimant que l’Etat doit garantir les moyens nécessaires pour assurer une éducation de qualité.

Sur le plan économique, l’USFP défend une réorientation des politiques publiques afin de renforcer la capacité de l’économie marocaine à créer des emplois.

L’USFP souligne que la croissance économique ne peut être considérée comme une fin en soi si elle ne se traduit pas par la création d’emplois. Il plaide ainsi pour une politique favorisant davantage l’investissement productif, l’innovation et la création de richesse.

L’une des principales critiques concerne les mécanismes de rente et les privilèges économiques. A cet égard,  l’USFP appelle à revoir le système des exonérations fiscales, des autorisations et des différentes formes d’avantages qui ne seraient pas toujours soumis à des critères transparents.

L’objectif est de bâtir, selon cette vision, une économie où l’investissement productif serait davantage encouragé que les activités générant des profits sans véritable création de valeur.

Protection sociale : revoir les critères et renforcer l’efficacité

L’USFP ne remet pas en cause le principe du soutien social direct. Au contraire, le parti considère la protection sociale comme un investissement indispensable pour lutter contre la pauvreté et les inégalités.

Mais il appelle à une révision des critères d’éligibilité afin d’éviter l’exclusion de familles réellement vulnérables. Khaoula Lachguar a, dans ce sens, critiqué certaines situations où des indicateurs jugés insuffisamment pertinents peuvent priver des citoyens du soutien auquel ils pourraient prétendre.

L’objectif, selon elle, est de mettre en œuvre un système de protection sociale plus juste, mieux ciblé et articulé avec les politiques de l’emploi, de la santé et de l’éducation.

La question énergétique figure également parmi les priorités du parti. L’USFP défend une accélération de la transition vers les énergies renouvelables, considérant que le Maroc dispose d’importants atouts naturels dans les domaines solaire et éolien.

Au-delà de la dimension environnementale, cette orientation répondrait aussi à un impératif économique : réduire la dépendance énergétique extérieure et alléger le poids de la facture énergétique sur les ménages et les entreprises.

La membre du Bureau politique a, par ailleurs, souligné que l’USFP appelle au développement des capacités nationales de raffinage, sans pour autant inscrire cette démarche dans une logique de nationalisation. Il plaide également pour une meilleure régulation du marché des carburants et une surveillance plus stricte des marges bénéficiaires réalisées par les opérateurs.

Halte à la polarisation artificielle qui fausse le jeu politique

Concernant la question des alliances, Khaoula Lachguar a assuré que l’USFP privilégie naturellement les formations démocratiques, modernistes et progressistes. Mais il refuse d’anticiper la configuration exacte de la prochaine majorité gouvernementale, estimant que les résultats des urnes détermineront les rapports de force et les possibilités de coalition.

Interrogée sur les transfuges politiques et les changements de couleur partisane qu’a connus le champ politique à l’approche des élections, Khaoula Lachguar a refusé de s’inscrire dans une logique de polémique et de surenchère. Elle distingue le droit légitime d’une personne de changer d’appartenance politique, lorsque ce choix résulte d’une évolution de ses convictions, de la véritable transhumance électoraliste dictée par l’opportunisme. A ses yeux, se focaliser uniquement sur ce phénomène risque surtout de vider l’action politique de sa teneur, en réduisant le débat à des parcours individuels plutôt qu’à la confrontation de projets et de visions de société.

Cette critique vise également ce qu’elle qualifie de polarisation artificielle du champ politique marocain, nourrie par la mise en scène de rivalités et de conflits davantage centrés sur les personnes que sur les programmes. L’essentiel, a-t-elle fait savoir, est de préserver la crédibilité du jeu démocratique et de respecter le champ politique, loin des oppositions «fabriquées» qui brouillent la perception des citoyens et faussent le jeu politique.

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