Dans un paysage politique national souvent brouillé par les dérives mercantilistes, la voix de l’Union socialiste des forces populaires résonne comme un rappel salutaire à l’éthique de l’action publique. Lors de son récent passage sur la plateforme « Bladna 24 », Ahmed El Mehdi Mezouari, membre du Bureau politique de l’USFP et Secrétaire régional du parti pour Casablanca-Settat, a livré un diagnostic sans concession de la scène politique nationale.
Faillite éthique
Face au récent scandale des fuites audio secouant la direction du RNI, le dirigeant ittihadi n’a pas mâché ses mots. Et ce qui l’inquiète n’est pas de savoir qui a parlé ni pourquoi, mais ce que révèle le simple fait qu’une délibération censée rester secrète, au sein de la direction d’un parti qui plus est arrivé en tête aux dernières élections, ait pu être enregistrée puis diffusée. « C’est une question qui touche à un déficit institutionnel, à l’intérieur même de certaines formations », résume-t-il, avant de préciser le cœur de son inquiétude : la confrontation qui s’est jouée publiquement n’opposait pas des projets de société, mais des individus. Pour le dirigeant socialiste, cette confusion entre la personnalisation des rapports de pouvoir et la vocation programmatique du politique est le symptôme d’un mal plus profond, celui d’une politique qui a cessé de discuter de la nation pour se disputer des postes de pouvoir.
Il pousse l’analyse plus loin, évoquant ce qu’il nomme la captation des mandats électifs par des intérêts qui n’ont plus rien à voir avec l’intérêt général. Le vrai danger, insiste-t-il, n’est pas tant l’épisode en lui-même que son effet cumulatif sur la confiance des citoyens : à force de scandales successifs, les Marocains finissent par se détourner de la politique tout entière, et ce désamour profite précisément à ceux qui prospèrent dans l’ombre des institutions.
À côté de formations porteuses d’un projet clair, prospèrent des cartels dont l’identité partisane n’est qu’un habillage commode pour des logiques d’intérêts.
Ahmed El Mehdi Mezouari
Politique des cartels
Un pays comme le Maroc, doté de douze siècles d’existence, rappelle-t-il, mérite mieux qu’une vie politique réduite à des rivalités de boutiquiers. C’est là que El Mehdi Mezouari développe l’image qui donnera le ton de tout l’entretien, celle d’un Maroc électoral traversé par deux vitesses. Reprenant l’expression Royale sur les deux vitesses du développement, il l’étend au champ politique : deux vitesses dans les idées, deux vitesses dans les élites, deux vitesses dans la conception même de ce que doit être un parti. À côté de formations porteuses d’un projet clair, explique-t-il, prospèrent des cartels dont l’identité partisane n’est qu’un habillage commode pour des logiques d’intérêts. Il n’hésite pas à filer une métaphore rude mais assumée : en politique aussi, certains vont fouiller dans les rebuts d’autrui pour s’approprier ce qui ne leur appartient pas, quand d’authentiques vocations se consument à essayer d’exister.
Le résultat, selon lui, se lit déjà dans la sociologie du Parlement sortant, où trop de sièges reviendraient moins à des militants qu’à des hommes d’affaires soucieux avant tout de préserver leurs intérêts. Il ne vise pas une organisation en particulier mais dénonce un phénomène plus large : celui d’un casting politique pensé comme celui d’une émission de téléréalité, où la légitimité se négocie et où la qualité de la représentation nationale en pâtit inévitablement.
Face à cette dérive, Mezouari appelle sans détour à un encadrement plus strict par la loi, saluant au passage certaines réformes législatives récentes issues du dialogue avec les partis politiques, tout en réclamant surtout une application rigoureuse des textes existants.
Démocratie interne
Répondant aux détracteurs accusant le parti de la Rose de céder aux sirènes de l’argent lors de l’octroi des investitures, le membre du BP a déconstruit ces allégations avec une implacable rigueur intellectuelle. Il a rappelé avec fierté que l’USFP est le seul parti à avoir décentralisé le processus de sélection, confiant aux bases régionales le soin de valider les profils à travers de multiples commissions de qualification. « Nous ne choisissons pas pour des raisons financières, nous choisissons pour la compétence et la capacité de mobilisation », a-t-il affirmé fermement, détaillant ensuite l’architecture de ce dispositif, pensé pour retirer toute centralité à la direction nationale : des commissions de qualification, présidées par les secrétaires régionaux, instruisent les dossiers sur des critères objectifs, avant leur transmission à une commission de délibération qui procède à un examen contradictoire fondé sur trois critères : le parcours personnel, professionnel et politique du candidat, sa capacité de mobilisation, et enfin sa capacité de contribution matérielle à la campagne, encadrée par la loi elle-même. Ladite commission de délibération remonte ensuite un rapport pour validation au Bureau politique. Ce dernier, insiste Mezouari, ne conserve plus qu’un rôle résiduel dans l’ensemble du processus, de l’ordre de 10% selon son estimation, l’essentiel de la décision ayant été délégué à des instances territoriales.
Sur le point des « contributions matérielles », le dirigeant socialiste tient à couper court aux amalgames. Cette contribution financière, rappelle-t-il, n’a rien d’occulte : elle est prévue par la loi, qui organise le remboursement des frais de campagne pour les candidats figurant sur les listes régionales, et elle correspond à un besoin logistique légitime, celui de financer la mobilisation des électeurs sur un territoire donné. Il refuse ainsi que l’on instruise un procès en corruption sur ce fondement.
Quant aux candidats qui n’ont pas été retenus, Mezouari assume pleinement la décision collective du Bureau politique, précisant que celui-ci n’a fait que valider un choix déjà arbitré au niveau territorial, dans le respect des mêmes procédures partout, de Casablanca à Laâyoune, de Dakhla à Fès en passant par Souss. Il reconnaît volontiers que certains propos tenus dans la foulée ont pu franchir les limites de la correction, mais il y voit moins une crise systémique qu’un dérapage isolé, appelant à ce que les egos blessés cessent de peser sur le débat politique. Vétéran du parti depuis de longues années, il rappelle avoir lui-même connu des échecs électoraux sans jamais chercher à en faire un drame public, préférant tourner la page et poursuivre le combat militant.
Ce débat sur les investitures sert de tremplin à une réflexion plus large sur ce que Mezouari appelle la fabrique des élites. Il oppose deux conceptions du recrutement politique : celle de partis-écoles, capables de former leurs cadres sur la durée, forts d’une histoire, d’une identité, d’un ancrage syndical et associatif ancien, et celle de structures assimilées à de simples officines de recrutement de dernière minute, dépourvues de tout ancrage idéologique. Il n’hésite pas à revendiquer, pour l’USFP, une antériorité de plusieurs décennies dans cette pépinière de cadres, contre des formations dont il estime qu’elles ne disposent tout simplement pas du même terreau. Ce déficit de formation, selon lui, explique en partie la fragilité de l’actuel exécutif, qu’il qualifie sans détour de gouvernement des compétences en apparence, mais dépourvu de véritable boussole politique.
L’heure des comptes
L’horizon des prochaines élections se dessine donc non pas comme une simple échéance calendaire, mais comme une urgence nationale absolue pour sanctionner l’échec cuisant de l’actuel exécutif. Ahmed El Mehdi Mezouari a dressé un réquisitoire implacable contre une majorité gouvernementale dont le prétendu mythe de la cohésion a d’ores et déjà volé en éclats. Avec une flambée vertigineuse des prix des denrées de première nécessité, un chômage endémique et un endettement record, le bilan est tout simplement catastrophique pour le pouvoir d’achat. « L’élection à venir doit être l’occasion de juger ceux qui ont géré les affaires publiques », a-t-il martelé, appelant les citoyens marocains à utiliser leur bulletin de vote comme une arme pacifique de reddition des comptes face à des responsables déconnectés des souffrances populaires.
Alliances politiques
Sur le terrain des alliances futures, le dirigeant socialiste distingue soigneusement deux registres. Une éventuelle participation gouvernementale future relève, selon lui, d’une décision qui appartiendra aux instances du parti et non à sa conviction personnelle, même s’il confie sa préférence pour une entrée dans toute expérience gouvernementale avec l’ambition d’en être un facteur d’amélioration plutôt qu’un simple faire-valoir. Il revendique pour l’USFP une identité de social-démocratie pleinement assumée, comparable à celle des grands partis socialistes européens, et rappelle son rang au sein de l’Internationale socialiste et de l’Alliance progressiste.
Concernant les lignes rouges proprement dites, il les définit non comme des postures identitaires mais comme des désaccords de fond sur les libertés individuelles et collectives, sur le code de la famille, sur la place de l’individu face à des visions concurrentes de la société. Toute coalition avec des mouvances conservatrices reste donc strictement conditionnée par une adhésion totale aux valeurs progressistes du parti de la Rose.
Réhabiliter l’action publique
C’est armé de cette même force de conviction qu’Ahmed El Mehdi Mezouari aborde sa propre candidature à Mohammedia. Enfant dévoué de la cité des fleurs, il ambitionne de redonner ses lettres de noblesse à l’engagement local. Lui qui a déjà siégé au Parlement et ayant mené, dit-il, à Mohammedia un travail de terrain méthodique, rue par rue, quartier par quartier.
Il rappelle un chiffre pour objectiver son bilan parlementaire : entre 2600 et 2700 questions orales et écrites déposées durant son mandat, largement supérieur, précise-t-il, à celui de plusieurs parlementaires réunis.
Il conclut sur une note résolument volontariste, assurant être pleinement conscient de la difficulté de la bataille électorale qui s’annonce à Mohammedia, mais convaincu que les habitants de la province aspirent à un renouveau politique porté par une écoute réelle du quotidien. La véritable équation de ce scrutin, résume-t-il, tient tout entière dans cette question : redonner aux citoyens le goût de la politique authentique, celle qui élève la nation, honore ses institutions et protège inlassablement les plus vulnérables.

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