Abderrahim Chahid s’adressant à la ministre de l’Economie et des Finances

Le président du Groupe socialiste à la Chambre des représentants, Abderrahim Chahid, a d’emblée donné le ton lors du débat tenu avant-hier au sein de la Commission des finances et du développement économique sur le projet de loi de Finances 2022.

« Quand j’écoute les interventions, on dirait que la majorité gouvernementale a la prétention de s’essayer à tous les rôles dont celui de l’opposition », a ironisé Abderrahim Chahid.

Pour lui, la discussion du PLF 2022 constitue la première étape pratique « qui nous permet de jauger le sérieux et la crédibilité du programme gouvernemental sur la base duquel le gouvernement actuel a obtenu la confiance du Parlement ». Et de rappeler : « L’USFP a assuré lors de son vote contre ce programme, qu’il ne s’agissait que de déclarations d’intention, car il n’a précisé ni les mécanismes ni le calendrier de la mise en œuvre, et n’a pas eu le courage de faire les ruptures nécessaires pour jeter les bases de l’étape de la mise en œuvre du nouveau modèle de développement ».

Le président du Groupe socialiste a expliqué lors de son intervention que les raisons ayant poussé les parlementaires de l’USFP à voter contre le programme du gouvernement se sont confirmées aujourd’hui avec la première loi de Finances élaborée par ce gouvernement : « C’est un budget décevant eu égard aux multiples attentes du citoyen et de la société ». Il a aussi tenu à souligner que le Groupe socialiste, en s’opposant aux orientations du PLF 2022, pratique « une opposition responsable, consciente et assidue».

«Nous pratiquons une opposition claire dans ses choix, responsable dans ses positions et attachée à ses principes, lesquels mettent l’accent avant tout sur l’être humain, la justice sociale, la défense des droits fondamentaux, le développement et la stabilité du Maroc », a-t-il mis en valeur.

Abderrahim Chahid n’a pas dissimulé son désappointement quand il a affirmé que le Groupe socialiste s’attendait, vu les promesses électorales faites par les partis de la majorité gouvernementale, à des signaux « indiquant un changement stratégique en vue de réaliser une relance développementale globale sur les plans économique, social, culturel ou des droits de l’Homme », ajoutant que la crise sanitaire de Covid-19 avait provoqué une prise de conscience de « la nécessité d’un changement urgent à travers des réformes profondes et fondamentales des politiques publiques et du système de gouvernance publique ». Et le président du Groupe socialiste de marteler : « Nous avions espéré que le premier PLF de ce gouvernement comporterait des dispositions et des mesures qui opéreraient des ruptures, ou du moins, ouvriraient la voie, à travers la programmation budgétaire et l’agenda de la mise en oeuvre, à un décollage tant espéré par les Marocains en vue d’améliorer leurs conditions et de leur assurer une vie décente ».

Par la suite, Abderrahim Chahid a évoqué deux remarques importantes. La première concerne le lancement des travaux effectifs de cette Commission 7 jours après le dépôt du projet de loi à la Chambre des représentants. Selon lui, cela constitue « un indice négatif de la volonté de la majorité de torpiller le temps législatif, à travers une programmation qui pousse à réduire le temps consacré à l’interpellation du gouvernement».

Il a également critiqué ce qu’a déclaré la ministre de l’Economie et des Finances à l’occasion de la présentation du PLF en séance plénière.

« Vous avez résumé tous les problèmes du Maroc dans la gestion gouvernementale durant les dix dernières années, sachant que vous faites partie intégrante de cette expérience, et vous étiez à la tête des secteurs les plus importants, et même votre parti (à savoir le RNI, NDLR) était au gouvernement au cours des deux dernières décennies. Il n’est pas moralement ou politiquement acceptable de se dérober à ses responsabilités en ce qui concerne une réalité à laquelle vous avez contribué, les résultats dont vous assumez une part importante, et les projets dont vous étiez partie prenante. Comment renforcer la confiance dans l’action politique avec de tels comportements ? De quelle crédibilité jouirait l’acteur politique en se détournant de ses responsabilités ? ».

Le président du Groupe socialiste a poursuivi son réquisitoire contre le gouvernement en jetant la lumière sur certaines lacunes dans le PLF. D’après lui, le Maroc connaît, entre autres, une reprise économique après l’assouplissement des mesures de restriction, le progrès réalisé dans la campagne nationale de vaccination, les résultats exceptionnels de la campagne agricole, la forte hausse des transferts des MRE, et l’augmentation des ressources d’exportation des phosphates.

Devant cette situation favorable, Abderrahim Chahid s’est interrogé sur les raisons qui ont poussé le gouvernement à fixer un taux de croissance avoisinant les 3,2%, alors que les analystes –partant de cette situation- estiment que ce taux pourrait atteindre 5,7%.

Il a également soulevé une autre contradiction concernant le prix du gaz butane. Selon le président du Groupe socialiste, « en dépit de la fluctuation des prix du gaz butane entre 466 et 850 dollars, pour atteindre un prix moyen de 597 de janvier à octobre 2021, vous dites dans votre présentation, madame la ministre, que le prix du gaz va revenir à ses niveaux normaux à partir de mai 2022. Cela signifie que le prix du gaz dépassera implicitement le prix estimé dans la loi de Finances, qui est de 450 dollars la tonne. C’est une contradiction entre ce que vous avancez dans vos projets et ce que concluent vos analyses de la situation ».

Autre contradiction soulevée par Abderrahim Chahid est celle concernant le taux de déficit fixé à 5,9%, lequel taux ne prend pas en compte le niveau d’endettement et la faible croissance.

« Il ne s’agit nullement d’un luxe intellectuel que de parler des chiffres et des hypothèses, mais c’est là une question fondamentale liée à la crédibilité des chiffres telle qu’elle est stipulée dans la Constitution, et à l’image du Maroc auprès des institutions internationales et des partenaires économiques aux niveaux externe et interne. Ces données nourrissent les inquiétudes quant aux hypothèses encadrant le projet de loi de Finances plus qu’elles ne sont sources d’optimisme », a fait savoir Abderrahim Chahid. Et le président du Groupe socialiste de conclure que les dispositions et les mesures du PLF sont « timides et incapables de bousculer les choses au niveau économique et social de manière à rétablir notre confiance à l’égard des défis relevés par notre pays avec proactivité, efficacité, efficience et la responsabilité nécessaire ».

Mourad Tabet

 

Libé

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