Une grande aberration politico-économique : les termes “fiscalité” ou“impôts” ne figurent nulle part dans la multitude des pages du programme électoral du RNI

Khaoula Lachguar, membre du Conseil national de l’USFP, a été l’invitée, lundi, de l’émission «L’info en face», sur la chaîne YouTube du quotidien francophone «LeMatin». La militante ittihadie a livré une analyse approfondie et pertinente des principales questions du champ politique marocain. Elle s’est également exprimée sur la réforme du Code pénal, la dette publique, le système fiscal, le taux de croissance, ou encore sur les enjeux du prochain congrès de l’USFP.
Khaoula Lachguar a tenu, au tout début de l’émission, à rappeler que tout parti politique doit avoir l’ambition de gouverner pour pouvoir mettre en place son projet de société. «Quel genre de parti politique, qui a un programme ambitieux, a amélioré son score et a une dimension nationale qui enfin s’aligne sur ses idéaux politiques, à savoir la sociale-démocratie, se refuse de gouverner?», dit-elle. «Le naturel et le normal pour l’USFP, c’est de dire : nous souhaitons faire partie de la coalition gouvernementale», a-t-elle ajouté. Et de préciser : «Mais comme les conditions, qui sont réunies aujourd’hui dans le gouvernement de M. Aziz Akhannouch, ne convenaient pas à l’USFP, le parti a préféré se retirer».

L’invitée de «L’info en face» a, dans ce sens, expliqué qu’il y avait des lignes rouges en termes de coalition. «Nous ne souhaitions pas être avec le PAM.Le Premier secrétaire l’avait souligné à plusieurs reprises pendant la campagne électorale. Nous estimons que ce parti ne devrait pas être dans une coalition qui regrouperait l’USFP», a-t-elle fait savoir. Concernant les raisons de cette décision catégorique, Mme Lachguar a précisé que c’est surtout à cause de l’absence d’idéologie. «Le PAM n’a pas dépassé son péché originel, il l’a reproduit ad vitam æternam pendant tout son parcours. Il se voulait, soi-disant, en résistance à la mouvance conservatrice islamiste, mais en fin de compte pas du tout, puisqu’il s’est rangé dans une alliance avec le PJD juste avant les élections. Donc, il y a un tel tumulte autour de la pensée idéologique de ce parti et de son programme. Sur le plan programmatique, on a du mal à comprendre où il se positionne», s’est-elle interrogée, avant de rappeler que «le champ politique marocain a besoin de clarté et surtout d’un minimum d’honnêteté intellectuelle sur les positions». «Je trouve que ce n’est pas très honnête d’attaquer pendant cinq ans un parti et ensuite décider de faire alliance avec lui», a-t-elle martelé.
Concernant la participation du parti de la Rose au gouvernement El Othmani, l’interviewée a expliqué que «l’USFP a été appelé parle PJD et a fini par accepter parce qu’il trouvait qu’en 2016-2017, il était impératif de faire aboutir des chantiers nationaux, des chantiers de S.M le Roi qui devaient se réaliser en termes d’amélioration des infrastructures et de la vie sociale».
La membre du Conseil national de l’USFP a également souligné que le différend avec le PJD n’est pas d’ordre idéologique seulement. «C’est principalement un problème de gestion interne du PJD», dit-elle. Et de poursuivre: «M. El Othmani qui était aux commandes a eu le plus grand mal du monde à gérer son propre parti et son propre groupe parlementaire et a, par conséquent, passé son temps à gérer les susceptibilités internes au lieu de fédérer autour de lui et au sein du gouvernement».
Tout en assurant que le Premier secrétaire de l’USFP n’a jamais été contre le PJD mais plutôt contre les décisions de ce parti, Khaoula Lachguar s’est demandée comment cette formation peut être contre la loi sur le cannabis, contre la loi-cadre sur l’éducation nationale, contre la réforme du Code pénal et contre la proposition de loi faite par l’USFP sur l’argent gagné de façon illicite et dans le cadre de missions électorales ou de missions de nomination dans les postes de responsabilité publique… «Comment peut-on être contre ces projets structurants pour la nation ?»,s’est-elle demandée.
Concernant l’avenir de la nouvelle coalition gouvernementale, l’invitée de nos confrères du «Matin» a exprimé son souhait de voir une coalition forte à l’image de ce qui a été affiché lors de l’annonce de la majorité gouvernementale. «J’espère que les relations entre les partis de la majorité resteront cordiales dans l’intérêt de la nation. Mais comme l’a souligné notre Premier secrétaire, il y a toutes les raisons d’implosion de ce gouvernement», a-t-elle affirmé. «En tout cas, les déclarations et l’attitude du PAM, durant toute la dernière année, donnent le sentiment qu’il n’y aura pas d’apaisement», a-t-elle souligné. «Maintenant, il y a un certain apaisement parce qu’ils sont en train de négocier, on verra s’ils vont réussir à le garder et à développer un respect mutuel», a affirmé Khaoula Lachguar. Et d’ajouter : «Comme l’a dit le Premier secrétaire, il faut un gouvernement fort et homogène, j’espère qu’ils réussiront à le former».
L’USFP se positionne aujourd’hui en leader des partis de l’opposition au sein du Parlement et compte jouer pleinement son rôle en observant constamment les stratégies qui seront mises en place par le nouveau gouvernement et qui devront aller dans le sens des promesses que les partis de la majorité ont formulées lors de leurs campagnes électorales. Selon la militante usfpéiste, ce gouvernement n’aura aucune excuse pour ne pas mettre en application son programme puisqu’il détient les deux tiers des voix au sein du Parlement. «Ce gouvernement a un environnement propice pour enclencher les réformes. Il pourra passer toutes les lois qu’il veut. L’opposition ne peut même pas prétendre à une motion de censure puisqu’elle ne représente même pas le tiers des voix au Parlement», a-t-elle fait savoir. «Nous allons proposer une augmentation du temps de parole au sein du Parlement pour pouvoir créer le débat, à défaut d’avoir le vote», a-t-elle précisé. Elle a également noté une possibilité de demander, dans le cadre de la réforme de la loi interne du parlement, de réduire le seuil de constitution des groupes parlementaires à 12 députés. «L’idée étant de permettre au PJD de former un groupe et ainsi de pouvoir s’exprimer», a-t-elle martelé, avant de rappeler que ce qui s’est passé lors de ces élections pourrait également porter atteinte au principe de la régionalisation avancée en ne permettant pas aux formations politiques de créer leurs coalitions locales. «Ce qui est choquant aujourd’hui, c’est la tentative de monopoliser la parole politique. Jamais un parti politique, dans les grandes démocraties du monde, n’a pu avoir le national, le régional et le local. C’est vraiment une première dans l’exercice de la démocratie mondiale», a-t-elle affirmé.
S’agissant de la réforme du Code pénal, Mme Lachguar a souligné que si «nous n’avons pas réussi à le faire, c’est essentiellement parce que le PJD poussait continuellement vers des réformettes». «Nous avons alors décidé de temporiser sur ce sujet parce que nous considérons que le Code pénal dans son ensemble, élaboré parle protectorat français, ne peut plus être appliqué dans le Maroc moderne», a-t-elle expliqué, avant d’ajouter qu’il est en contradiction totale avec la Constitution. «Les articles de ce Code sont également contradictoires les uns avec les autres et c’est pour cela que notre ministre, Mohamed Benabdelkader avait proposé une révision de fond en comble, une vraie réforme comme celle que nous souhaitons faire sur la fiscalité», a-t-elle fait savoir.
Questionnée sur la position de l’USFPsi le gouvernement décide d’accroître la dette publique pour financer la politique sociale, Khaoula Lachguar estime que ce sera une très mauvaise façon d’entreprendre les réformes. «Déjà qu’on grève le futur en n’ayant pas une politique claire en matière d’économie verte, alors on le grève davantage en nous endettant aujourd’hui pour consommer et non pas pour construire ou investir. L’endettement pour l’investissement dans la santé ou l’éducation ne constitue aucun problème mais je ne comprends pas qu’on puisse recourir à l’endettement pour financer des allocations qui devraient être financées par le budget de l’Etat à travers des impôts», a-t-elle affirmé. En insistant sur la nécessité impérieuse d’une grande réforme fiscale consistant essentiellement en l’élargissement de l’assiette fiscale, les impôts étant la principale ressource de notre pays. A ce propos, Khaoula Lachguar a relevé que paradoxalement, le programme électoral du RNI ne fait aucune allusion au système fiscal affirmant qu’en parcourant les 300 pages de ce document, elle n’a pas trouvé, pas une seule fois, le terme : « fiscal» ou «fiscalité ».
Abordant le taux de croissance annoncé par le RNI, allant de 3 à 6%, l’invitée de «L’info en face» a estimé qu’une augmentation en dessous de 6% serait insuffisante. Elle a, dans ce sens, expliqué qu’elle ne comprend pas comment on va réussir à atteindre ces 6% alors que le ministre des Finances qui se trouve être du RNI nous a annoncé pour l’année prochaine et l’année d’après un taux compris entre 3 et 4%. «C’est de l’utopie», s’est-elle exclamée, avant de mettre la lumière sur les principaux axes permettant l’amélioration de la qualité de vie et du niveau de vie des classes moyennes. «Il y a d’abord la réduction de la pression fiscale, puis l’amélioration de la qualité des services publics, en ce qui concerne la santé, l’éducation ou encore la culture et le sport», dit-elle. «Ce qui fait que la famille moyenne n’aura pas à inscrire ses enfants dans le système éducatif privé et n’aura pas forcément besoin d’aller se soigner dans une clinique», a-t-elle développé.
Revenant sur la déclaration du Premier secrétaire, Driss Lachguar, concernant l’organisation du prochain congrès de l’USFP, l’interviewée a tenu à rappeler qu’il n’y a pas d’enjeu de reconstruction, ni de réinvention. «Nous nous sommes très bien réinventés durant les cinq dernières années et cela a porté ses fruits lors des dernières élections. Nous sommes notamment passés de 8ème à 4ème sur toutes les élections et de 6ème à 4ème sur le plan parlementaire», a-t-elle souligné. Et de conclure : «Notre programme électoral a été salué par quasiment tous les observateurs. Nous avons été très attractifs et c’est ce qui explique notre coup de force. Aujourd’hui, il s’agit plus d’un enjeu interne et organisationnel. Il faut que l’ouverture qu’on a pu avoir au niveau des élections et des candidatures, se traduise dans toutes les instances du parti».

 

Mehdi Ouassat

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