La bérézina du PJD serait-elle annonciatrice d’ un septembre noir pour le parti islamiste ?

Malgré les pratiques trop peu louables affectionnées par certains candidats voire par certaines formations, les élections professionnelles viennent de consacrer l’élan pris depuis quelque temps par l’USFP. Au-delà du nombre plus qu’honorable des sièges obtenus (146), il faut bien relever, entre autres, deux points essentiels qui donnent à ce score toute sa valeur. Dans leur quasi-totalité, les élus du Parti de la Rose sont des Ittihadis purs et durs, de longue date donc, voire de père en fils.
A cela, s’ajoute le fait que les sièges obtenus par le Parti des forces populaires l’ont particulièrement été dans les grandes villes.

Au terme de ces élections professionnelles, le RNI arrive en tête avec 638 sièges, soit 28% des 2.230 sièges, suivi du PAM (363 sièges) et du Parti de l’Istiqlal (360 sièges). En quatrième place, il y a le Mouvement Populaire avec 160 sièges, suivi de l’USFP (146 sièges), de l’UC (90 sièges) et du PPS (82 sièges). Le PJD, quant à lui, a nettement reculé au 8ème rang avec seulement 49 sièges, soit à peine 2,2% de l’ensemble des sièges en jeu lors de ces élections.
Quelle lecture peut-on faire de ce scrutin ? « Le résultat de ces élections professionnelles présente des aspects de continuité et des aspects révélateurs d’un changement », nous a indiqué  Hicham Berjaoui, enseignant-chercheur à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales (FSJES) de Marrakech. Et d’expliquer : « En termes de continuité, on constate que les partis politiques, qui fidélisent  traditionnellement la majeure partie des entrepreneurs,  occupent les trois premières positions du classement. C’est le cas du RNI, du PAM et du PI. En ce qui concerne l’aspect de changement, qui peut être fugace ou déterminant en fonction du résultat des élections législatives et locales prochaines, il s’illustre dans le résultat morose du PJD, lequel  efface la percée que ce parti avait réalisée en 2015. Avec un score de 49 sièges, soit 147 sièges de moins par rapport au scrutin de 2015, l’hypothèse d’un vote-sanction se pose de manière considérable. Mais, il faut attendre le scrutin de septembre pour savoir si les chiffres des échéances professionnelles constituent un fait passager ou, au contraire, une mutation influente dans le béhaviorisme de l’électorat ». A noter que le RNI s’est positionné en tête des partis en course pour ces élections en misant sur 1.938 candidats, soit 15,6% du total des candidatures exprimées, devant le parti de l’Istiqlal qui a présenté 1.648 candidats, soit 13,3% du total, et le PAM avec 1.487 candidats (12% du total des candidatures).

Ces élections ont été marquées également par la participation de 882.736 électeurs et électrices, soit 47,24% du corps électoral professionnel, contre 43% en 2015, a déclaré vendredi Abdelouafi Laftit, ministre de l’Intérieur dans une déclaration à la presse, en présence du ministre délégué auprès du ministre de l’Intérieur, Noureddine Boutayeb. Le ministre a précisé que les élections des Chambres des pêches maritimes se sont distinguées au niveau du taux de participation avec 61,65% et révélé que l’opération de révision exceptionnelle des listes électorales professionnelles a donné lieu à un corps électoral professionnel de 1.866.790 électeurs et électrices, en hausse de 6,34% comparativement au scrutin de 2015.

Les résultats du scrutin du 6 août augurent-ils de ceux des prochaines échéances électorales? «En principe, le résultat des élections professionnelles n’est pas, ne serait-ce que mécaniquement, un signe avant-coureur de celui des élections législatives et locales. Les intérêts mis en jeu, le corps électoral et l’étendue de participation au pouvoir ne sont pas les mêmes. Les chambres professionnelles ont une mission fondamentalement consultative et sont considérées par les entrepreneurs comme un tremplin pour atteindre des responsabilités publiques plus importantes », nous a affirmé notre interlocuteur. Et de préciser : « C’est, donc, une logique de carrière qui les domine contrairement aux élections législatives et territoriales qui reflètent un enjeu névralgique de l’exercice et de la répartition du pouvoir politique. Cependant, il ne faut pas omettre que le corps électoral des échéances professionnelles, en l’occurrence les entrepreneurs, dispose d’une capacité de mobilisation qui peut influencer les élections législatives et territoriales ».

Lesdits résultats des chambres professionnelles avec la victoire des partis traditionnels traduisent la stabilité de la scène politique marocaine sachant que le nombre des candidats sans appartenance politique a été remarquable, avec 2.614 candidats indépendants qui ont remporté  214 sièges, ce qui représente plus de 12% du résultat total. «La victoire des partis politiques traditionnels peut être considérée comme un signe de stabilité de l’échiquier politique marocain», estime Hicham Berjaoui. Et de conclure : « Mais, il est loisible de noter que le résultat obtenu par le PJD peut, en cas de sa confirmation par le scrutin de septembre prochain, signifier que les électeurs marocains ont réellement changé de béhaviorisme et développé un éveil de masse faisant du temps électoral un examen fatidique pour les élites partisanes ».

Hassan Bentaleb

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