C’est un projet de loi de Finances qui est en décalage avec les objectifs du nouveau modèle de développement et avec la réalité du contexte économique. C’est en somme la lecture que fait Tarik Malki du Budget présenté par le gouvernement Akhannouch. Même si ce projet inclut des mesures qualifiées d’importantes en matière sociale, l’économiste estime qu’il est insuffisant pour relever les défis.

Article – lematin.ma

 

C’est une grande déception, c’est un projet de loi de Finances qui s’inscrit malheureusement dans la continuité des précédents, alors que l’objectif justement était de se réinventer au vu des défis qui attendent le Maroc. C’est le constat de Tarik El Malki, coordinateur du programme économique de l’Union socialiste des forces populaires (USFP) et DG de l’ISCAE-Rabat. «De grands challenges sont tracés pour le Maroc dans le cadre du nouveau modèle de développement (NMD), qui imposent d’avoir des ruptures au niveau du Budget de l’État. Il y a eu par la suite le programme gouvernemental qui trace un certain nombre d’objectifs moins ambitieux. Et là on constate déjà un manque de cohérence entre les objectifs du NMD et ceux du gouvernement. Cependant, le PLF 2022, qui est l’outil financier qui va accompagner ces politiques publiques, a fixé des objectifs qui sont en décalage avec ces orientations», a expliqué l’économiste, invité de L’Info en Face.

Pour M. El Malki, l’enjeu de cette loi de Finances était de s’inscrire en totale rupture par rapport à la précédente, à travers notamment les mesures qui seront déployées en matière de réforme fiscale. Il rappelle dans ce sens que la loi de Finances 2022 intervient dans un contexte marqué par deux principaux enjeux : celui de la réforme fiscale à travers l’adoption, l’été dernier, de la loi-cadre relative à cette mesure, et la généralisation de la protection sociale. «La loi de Finances aurait donc dû s’inscrire dans le sens de ces enjeux et proposer des mesures de rupture allant vers plus de soutien de la classe moyenne, aux TPME et aux startups innovantes qui demain seront celles qui créeront de la richesse», note M. El Malki.

Évoquant l’argument avancé par le gouvernement, qui est celui de vouloir stabiliser le cadre macroéconomique, l’économiste estime que l’urgence est aujourd’hui celle de la relance et non de la stabilisation. «Nous avons un plan de relance qui devra coûter dans les 120 milliards de dirhams et qui prévoit un important outil stratégie de promotion de l’entrepreneuriat à travers le Fonds Mohammed VI pour l’investissement. Nous avons également l’investissement public pour donner un coup de pouce important à la relance. Il ne faut pas qu’on se mette dans un cadre d’austérité, mais de relance. Et une relance franche qui passe par le fait de laisser filer le déficit budgétaire pour quelques années et profiter des marges que nous avons pour l’endettement. Tout ceci devrait concourir avec un taux de croissance élevé», explique l’invité. Il note à ce sujet une «incohérence» au niveau du taux de croissance annoncé à 3,2% et un déficit budgétaire de 6%. «Quand on a un déficit budgétaire plus ou moins important, l’objectif est d’avoir un taux de croissance qui va osciller entre les 4 et 5%», remarque l’économiste.

De manière plus globale, Tarik El Malki admet que le gouvernement n’a peut-être pas eu assez de temps pour préparer ce PLF 2022 qui, de surcroît, est «hérité du précédent gouvernement», mais il insiste toutefois sur le fait que c’est une étape importante pour l’essor du pays et qu’il faut en assumer les conséquences.
Sur la position de son parti, Tarik El Malki, qui a insisté sur le fait que l’USFP pratique une opposition constructive, explique qu’il regrette la quasi-absence de mesures sociales pour notamment soutenir le pouvoir d’achat des ménages et des classes moyennes. «Ce gouvernement nous a expliqué, il n’y a pas plus tard qu’un mois, que sa priorité était le renforcement du pouvoir d’achat des classes moyennes. Or, quand on regarde le dispositif fiscal proposé, nous constatons qu’on n’est pas dans le soutien, mais plutôt dans la taxation délibérée des ménages», explique-t-il, avant d’ajouter qu’il estime que dans ce cas de figure, les classes moyennes, déjà épuisées par une crise inédite, seront pénalisées en l’absence de mesures de soutien.

Alors, comment faire pour financer les grands chantiers qui attendent le Maroc ? L’économiste estime qu’il faut miser sur l’équité fiscale en améliorant l’adhésion et le consentement à l’impôt et en élargissant l’assiette fiscale. «À l’USFP, nous avons proposé une pléthore de mesures fiscales, comme la réforme de la TVA et de l’IR. Rien que ces deux mesures sont des moyens qui permettront de soutenir le pouvoir d’achat», note l’invité. «Les besoins financiers pour couvrir le volet social devront atteindre les 40 à 50 milliards de dirhams. Or l’augmentation des recettes de l’État est de l’ordre de 26 milliards de DH, dont la moitié provient des recettes de l’IS. Ce sont donc en réalité les entreprises qui commencent à retrouver leur vitalité qui vont contribuer à couvrir une partie de ces besoins. Le risque ici est de voir que ce sont ces mêmes entreprises qui sont mises à mal par la crise, notamment les PME qu’il faut au contraire soutenir et accompagner», indique l’invité de L’Info en Face. Il faut donc, poursuit M. El Malki, trouver un équilibre pour faire en sorte que cette réforme fiscale soit tous azimuts.

Contrairement aux avis qui présentent le PLF 2022 comme étant un Budget social, la lecture de Tarik El Malki est tout autre. «Ce PLF n’est pas plus social que le précédent, les mesures prises pour les secteurs de l’éducation et de la santé restent en deçà des espérances. Un budget social aurait porté le budget de l’éducation par exemple à 10% du Budget de l’État, soit plus ce que 30 milliards de dirhams. Ce n’est pas le cas», regrette Tarik El Malki, d’autant plus que le Maroc a du chemin à rattraper à ce niveau.

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